La foi de Prashanth

PORTRAIT. Prasanth, 39 ans, indien, aîné d’une fraterie de quatre garçons. Religion : chrétien et hindu. En dernière année de célibat : s’il ne trouve pas la femme qu’il aime avant ses 40 ans, ses parents la lui trouveront, tradition oblige.

Prashanth loue depuis trois ans une vieille demeure de charme appartenant à la famille royale de Mysore. Il y a aménagé une école de yoga avec quelques chambres qu’il loue aux étudiants et un café-restaurant. C’est ici que je l’ai rencontré.

En ce moment, il prépare la réalisation de son second film. Il est un peu stressé car le premier n’a pas eu de succès. Je lui demande comment il est arrivé à être réalisateur…

Fils de famille modeste, à 39 ans, Prashanth a monté 9 business. Lesquels il a successivement confié à ses 3 jeunes frères et ses parents. Un magasin de CD & DVD – objet de succès à l’époque, un cyber-café aujourd’hui fermé à cause du wifi, une imprimerie, une usine à farines, un atelier-boutique de sculpture sur verre, une agence de voyages, une agence de location de véhicules, une antenne immobilière, une école de yoga.

Avant cela, il a été chauffeur de tuk-tuk, ouvrier dans une usine d’huile de coco, a appris à coudre, cuisiner ou encore jardiner à travers maints jobs. Après cela, il se demandait ce qu’il pouvait faire et a décidé de se payer des études pour devenir réalisateur. Rien que ça.

Je lui dis que sa vie est justement digne d’une histoire de film (!) Il sourit. Deux personnes veulent écrire à son sujet. Mais il ne veut “pas maintenant”. “Pourquoi pas maintenant“, lui demande-je. “Seulement quand je serai un GRAND réalisateur”. Moi, surprise de sa réponse aussi sérieuse qu’ambitieuse : “Ah d’accord, je vois” 🙂

En mon for intérieur : “merci Prashanth, merci pour ta foi.”

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Le rêve de Gim

PORTRAIT. Gim, 18 ans, sénégalais, joueur de foot pro à Kuala Lumpur depuis 8 mois. Son rêve : jouer en Europe. Club préféré : Real Madrid. Religion : Islam.

Gim dit que tous les africains rêvent d’aller en Europe, là où les gens sont civilisés et reçoivent des soins s’ils sont malades. Qu’il vient d’une famille plutôt riche, que son père l’a bien éduqué, que sa mère est belle. Que les femmes malaisiennes n’ont pas une belle silhouette, qu’elles ne tiennent pas compte des saisons pour s’habiller. Que les malaisiens mangent tout le temps. Après un repas, ils ouvrent le premier paquet de chips qu’ils trouvent. Qu’ils ne font pas de sport. Qu’il n’a vu aucune salle de gym à KL (Kuala Lumpur). Que l’équipe dans laquelle il joue compte 5 étrangers, japonais et africains. Que parmi les locaux, certains boivent, fument, sortent avant les entraînements car ils considèrent le foot comme un hobbie.

En décembre, il négociera son contrat. Pour le moment, il loge dans un dortoir sans fenêtre dans l’hôtel où je l’ai rencontré, et où les puces de lit ne m’ont guère laissé dormir. Son agent l’appelle tous les soirs pour savoir si tout va bien, s’il ne manque de rien. En décembre, il lui trouvera un appartement qu’il partagera avec un autre joueur.

En dehors des entraînements, il se repose, prie 5 fois par jour, apprend quelques mots de malais. Il a visité la ville au début. Parfois il va danser le samedi soir. Il dit que tous les africains dansent le coupé-décalé. Que les malaisiens n’ont pas bien compris le Coran notamment par rapport à la tenue des femmes. Dans son pays, en soirée, elles ôtent le voile par exemple.

De retour d’un entraînement pluvieux et boueux, il lave ses vêtements dans le lavabo des douches communes de l’hôtel. Après quoi il ira se chercher une plâtrée de riz avec de la sauce rouge épicée dans le resto halal devenu son fournisseur officiel de plâtrée de riz. Parfois, il va chez KFC ou chez Mc Do quand il veut manger de la viande. Il est content de parler, surtout en français. Il m’a ramené un jus d’orange, me dit d’utiliser son savon si besoin, m’offre du thé qu’il garde dans son casier…

Il n’est jamais allé en Europe. Il dit que là-bas, on prend soin des joueurs : nourriture, suivi médical, etc. Que je ne supporterais pas longtemps la chaleur africaine. Que je ne ressemble pas à une française.

Je lui fais remarquer que sa casquette et son T-shirt rouges sont l’imitation d’une grande marque française, Yves Saint-Laurent. Qu’en France, les gens riches ne s’habillent surtout pas avec de la contre-façon. Que souvent, on reconnaît les jeunes des cités à leurs vêtements de marque qu’ils portent de manière presque ostentatoire. Je lui parle du dessin animé Aya de Yopougon. On rit. On se marre.

Gim prononcé avec le g de girafe et non pas le g de Maître Gim’s.